Unique au sens noble du terme. Ce joaillier suisse d’origine ottomane, est, comme le dit la définition, incomparable, au-dessus des autres. La maison Adler reste familiale depuis quatre générations et a su préserver la tradition de la haute joaillerie.
Adler, comme me le confiait Sharon Adler, de la nouvelle génération, nʼa jamais reproduit les grandes pièces. « Quant aux plus petites pièces, à part nos collections, nous évitons de les refaire. Ma mère, Leylâ Adler, met un point dʼhonneur à toujours créer quelque chose dʼoriginal. Elle a coutume de dire [Chaque femme est unique ; cʼest par le bijou quʼelle porte quʼelle exprime son caractère]. Ma mère recherche toujours quelque chose de nouveau et dʼharmonieux. Sans cesse en quête dʼinspiration, elle aime ajouter une touche de folie qui fait que nos créations ne sont jamais conventionnelles. En effet, quand on revisite le travail de ces vingt dernières années, on remarque une affinité forte avec la période Art Déco, car toute la famille lʼaffectionne particulièrement.
Chacun de nos bijoux possède cette touche unique qui est pour la joaillerie la clé du succès de notre maison. Pour certains joailliers, les pierres précieuses commandent la création. Pour dʼautres, le dessin préexiste au choix des pierres. Chez nous, les deux démarches coexistent. Mon père Franklin Adler et son frère Carlo parcourent le monde et surtout lʼAsie à la recherche de la pierre rare. De son côté, Leylâ, exprime sur papier le foisonnement de ses idées. Il en faut pour créer, chaque année environ une vingtaine de parures de Haute Joaillerie et près de deux cents bijoux, qui, bien entendu, sont toujours uniques. » Adler aime innover et sʼenorgueillit dʼavoir été pionnier dans lʼutilisation du titane. La première pièce est sortie il y a dix ans déjà. Pourquoi le titane ? Ce matériau léger permet de faire des pièces plus volumineuses. La légèreté des broches et des boucles dʼoreilles ainsi créées permet aux femmes de les porter facilement sur des textiles délicats. Autre avantage, selon la chaleur à laquelle on travaille le titane, il prend différentes couleurs parfois très prononcées, bleu, rose, mauve ou rouge, ce qui donne une apparence vive sur une texture raffinée. Depuis trois ans, la maison Adler est partenaire du Bal des Débutantes qui se déroule en novembre à l’Hôtel de Crillon, place de la Concorde à Paris. « Il faut avoir vu les yeux brillants de toutes ces jeunes filles de la bonne société qui sont aux anges de porter de magnifiques robes et nos somptueuses parures. Chaque année la magie opère et moi-même je suis étonnée que, malgré toutes les révolutions technologiques, elles soient loin d’êtres blasées ». Adler, c’est aujourd’hui plusieurs boutiques, en Suisse (Genève et Gstaad), à Londres, à Hong Kong, et à Moscou ainsi que des représentants aux Emirats, au Qatar et au Japon. C’est environ une centaine de personnes. C’est une des plus belles campagnes de publicité dans la joaillerie. C’est surtout une belle réussite familiale et cela, de nos jours, reste très unique.
ISABELLE THOMAS
Le tapis rouge cannois est si convoité qu’on en oublie les coulisses. Il faut être bien placé pour s’y faire remarquer. Décryptage.
Etre au Festival de Cannes, c’est un événement. Mieux, un privilège. Le champagne y coule à flots. Les diamants sont partout. À la montée des marches, aux dîners, l’assistance est cueillie par la beauté des silhouettes. Mais, sous le glamour, la guerre des nerfs est à son zénith. Pour être de toutes les fêtes, sur tous les clichés, il faut batailler. À coup de complicité, de cadeaux siglés, de bijoux griffés. Souvent de telles offrandes portent leurs fruits. Mais, pas toujours. Chopard parraine, les autres maisons joaillières luttent pour ne pas être à la traîne. Bref, Cannes, c’est aussi l’enfer ! Sophie Marceau l’a dit au micro. Depuis, vouloir décrocher des informations sur le sujet, c’est comme enquêter sur un secret défense. Pendant presque deux semaines, le coeur de la planète cinéma bat à tout rompre. Celui de la haute-joaillerie aussi. On parle d’attentes interminables dans les halls d’hôtel, de courses effrénées à tous les étages. Dans les show rooms, installées dans les suites grand luxe du Majestic ou du Martinez, les pochettes du soir, Fendi ou Swarovski, attendent sagement, sur des tables fleuries, d’être choisies, tandis que, dans des coffres-forts fermés à double tour, reposent les pièces d’exception de Bulgari, Henri Stern ou Van Cleef & Arpels. Vestales des marques, les attachées de presse, dit-on, sont prêtes à tout pour s’attirer les faveurs des VIP. Elles parient sur la jeune actrice qui monte comme un joueur de course sur son étalon.
Et pour cause, à l’arrivée, les clichés valent de l’or. Ils font le tour du monde avec l’image du bijou sublimé par la notoriété de celle qui le porte. Dès lors, aucun membre de l’entourage n’est négligé. Une montre pour le boyfriend, des motifs d’oreilles pour la soeur. Les plus folles propositions sont emballées sous des sourires faussement innocents, histoire d’imprimer dans les esprits un contrat de confiance tacite mais de courte durée. Douze jours en tout pendant lesquels on n’ose pas demander à un acteur qu’il rende le stylo de valeur, prêté, juste une seconde, pour qu’il signe un autographe. À Cannes, c’est ce qu’on appelle être serviable, faisant mentir le proverbe : prêter, c’est donner. Tout le monde est gentil dans le monde le plus hype de la terre. La maquilleuse congratule la coiffeuse qui félicite la styliste tandis que la public relation d’un joaillier donne la dernière touche à cette unanimité éclatante de sin cérité. On se croirait dans un film. Sauf qu’ici, les seconds rôles sont au premier plan. « Ils », ce sont les directeurs des palaces et leurs concierges. On sympathise avec eux, on les couvre de cadeaux en échange de scoops pour savoir qui est arrivé, à quelle heure et avec qui. Un debrifing qui permet de planifier le moment opportun pour arpenter le hall d’entrée, histoire de se retrouver, par hasard, nez à nez avec l’étoile montante du cinéma français. Les fines truffes des RP débusquent la star cannoise où qu’elle se trouve. Quitte à profiter d’une connaissance assise en face d’elle pour s’attabler à ses côtés pendant qu’elle finit son assiette. On raconte que, rester caché plusieurs heures pour attendre l’arrivée de la femme de chambre et se glisser dans la suite convoitée pour y déposer bien en évidence son précieux, est monnaie courante. On en a même vu qui ont failli en venir aux mains, l’une ayant profité de l’absence de l’autre, pour présenter sa collection de colliers. Séances d’essayage, de maquillage, shooting s’enchaînent non-stop. Les plus patientes font de l’ascenseur leur QG. Portable vissé à l’oreille, elles attendent l’ouverture et la fermeture des portes comme d’autres, font le pied de grue devant celle des boîtes de nuit. Entre deux étages, tout peut basculer. Une actrice qui n’est pas sous contrat avec une maison joaillière a le dernier mot. Inspirée parfois par la dernière personne à lui avoir parlé, dans l’ascenseur justement, où elle a été persuadée que les émeraudes iraient mieux avec ses yeux…
Jusqu’au red carpet fatidique, le doute plane. Ambiance roulette russe. Une pierre précieuse qui se détache, un fermoir qui lâche et c’est le drame. Même si les petites mains des joailliers sont souvent sur place pour réparer le maillon faible, c’est parfois trop tard. L’humeur a changé. Tout est à recommencer. Mais au retour, qui sait, les stars repartiront avec une palme ou une parure, mais peut-être aussi dans leurs souvenirs ces moments de complicité à l’intensité somme toute partagée.
KARINE GRUNEBAUM
Parce qu’ils partagent avec les joailliers des savoir-faire, comme le travail des métaux précieux et le sertissage, les horlogers suisses investissent le terrain de la joaillerie et complètent de plus en plus fréquemment leurs collections de montres de bijoux assortis.
Au départ plus connues pour leurs montres que pour leurs bijoux les manufactures horlogères suisses n’en sont pas moins présentes sur le marché de la joaillerie. Pour certaines, les deux métiers, différents mais complémentaires, ont été réunis très tôt, c’est par exemple le cas de Patek Philippe dont la première vente de bijoux répertoriée remonte à 1892 ! Il s’agissait alors d’une commande de Sissi, impératrice d’Autriche. En dehors de ce cas particulier, le lancement des lignes de joaillerie est souvent arrivé assez tard. Sans parler des montres serties, les bijoux à proprement parler de Piaget sont nés à la fin des années 60. « L’ouverture de la première boutique à Genève a motivé la création de joaillerie bijou faisant parure avec les montres », nous raconte Jean Bernard Forot, directeur marketing joaillerie de Piaget. Pour Chopard, les choses se sont encore passées différemment. La famille Chopard était une famille d’horloger, en 1963, elle vend son affaire à Karl Scheufele qui avait aussi une activité de joaillier. Dès cette époque, Chopard continuera à vendre sous ce nom les montres qui ont fait sa réputation, et les bijoux pour lesquels elle possède le savoir-faire nécessaire. Hormis ces quelques exemples, le phénomène des horlogers-joailliers est très récent, depuis le début des années 2000 Franck Muller, Breguet, Audemars Piguet, Roger Dubuis et Jaeger-LeCoultre ont pris position sur ce terrain, soit pour accompagner leurs montres, soit pour illustrer leur savoir-faire en terme de sertissage et de travail des métaux précieux.
CHARLOTTE-AMALIE DAEHN
Sorti des profondeurs marines, le corail, que l'on nomme aussi « or rouge », pourrait bien voler aujourd’hui la vedette aux pierres précieuses, malgré son extrême rareté.
Voilà des années que le corail est utilisé en joaillerie et quʼil est apprécié comme porte-bonheur et protecteur. De nos jours, on sʼen sert encore, dans certaines régions, comme talisman, pour écarter les mauvais esprits. Aujourdʼhui encore, on dit quʼil apaise les craintes et les tensions et est porteur de vertus bénéfiques.
Coralium rubrum ou japonicum
Quand on parle de corail, les premières images qui nous viennent à lʼesprit sont les récifs des atolls de lʼocéan Pacifique. Mais ce nʼest pas à ces espèces protégées de coraux que nous nous intéressons particulièrement ici. Pour la joaillerie, seuls sont utilisés les coraux des espèces « coralium rubrum » ou « coralium japonicum ». Ils vivent à des profondeurs très variables, allant de moins de dix mètres jusquʼà des abîmes extrêmes. Le plus précieux vit dans les eaux chaudes. On le trouve dans les mers du Japon, de Taiwan et de lʼArchipel malais, dans la mer Rouge, le golfe de Biscaye, autour des îles Canaries mais aussi en mer Méditerranée (au large des côtes tunisiennes, algériennes, yougoslaves et turques). Tout comme les perles, les coraux font partie des produits organiques utilisés en bijouterie. Tous deux sont parents du point de vue chimique. Ils sont constitués à 90% de carbonate de calcium. Cʼest presque un miracle que la nature fasse usage du même matériau, terne et sans éclat particulier, pour créer du corail rouge feu ou faire croître de superbes perles. Bien sûr, il nʼest pas la peine de vous rappeler que le corail est un animal : un polype se construisant tout au long de sa vie un squelette extérieur à partir de minéraux présents dans l'océan. Pourtant, le corail seul ne pourrait pas vivre. Il fonctionne en symbiose avec un végétal microscopique : la zooxanthelle dans les mers chaudes ou le plancton dans les mers froides.
Pas forcément rouge
Le corail nʼest pas nécessairement rouge malgré son nom indicatif dʼune couleur rouge rosée. La nature crée du corail dans toute une palette variée de couleurs. Elles vont du rouge au blanc et du bleu au brun voire même au noir. Mais ce sont les teintes rouges les plus désirées : elles sʼétendent du rose le plus pâle au rouge soutenu, en passant par la teinte saumon. Au sommet des couleurs les plus rares se trouvent le noir ainsi que le doré. Une variante, extrêmement rare, est le bleu. Le corail blanc est apprécié quand il a un soupçon de rose ou de bleu. C’est ce qu’on appelle le corail « peau d’ange ». D’autres variétés fameuses comme le corail japonais sont d’un rouge saturé, le « corail moro » ou le rose pâle « boke » et enfin le rouge « sardena ». Attention, les coraux très rouges peuvent avoir été teintés. Le corail n’est pas très délicat mais, avec sa dureté de 3 seulement sur une échelle de 10, il est considérablement plus tendre que les autres gemmes en général.
Le travail du corail
Ce sont les embranchements qui constituent le matériau brut que l’on utilise en joaillerie. Les branches de corail sont remontées en surface à l’aide de drèges, grands filets destinés à la pêche en profondeur. Parce que le corail de première qualité est devenu rare, une approche plus attentive à l’environnement est d’usage : ce sont désormais les plongeurs qui vont eux-mêmes faire la cueillette. Les morceaux sont ensuite nettoyés à l’eau de javel, classés, puis sciés, poncés et percés. Avant finition, il semble mat et terne. Ce n’est qu’après le polissage qu’il prend tout son éclat. Le corail apparaît poreux ou fissuré : il est alors de basse qualité. Le corail de bonne qualité présente une coloration homogène. Il n’a ni fissure, ni tâche, ni zone, ni partie creuse. Quand au corail authentique, c’est-à-dire non traité, il est rare, et donc hors de prix. Récolté intensivement depuis l’Antiquité, l'or rouge est en voie d’extinction en Méditerranée, victime de techniques de plongée utilisées par les corailleurs. Un conseil donc, se procurer le plus rapidement possible l’un de ces trésors sous-marins.
ÉLOÏSE RINGENBACH
Pour en savoir plus : Red Coral, jewel of the sea, de Basilio Liverino, éditions Analisi

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